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Pesticides et cancer : quel est le vrai risque pour les agriculteurs ?

Découvrez l’impact réel des pesticides sur la santé des agriculteurs : entre études rassurantes et sur-risques avérés pour certains cancers.

Pesticides et cancer : quel est le vrai risque pour les agriculteurs ?

La question des effets nocifs des pesticides sur la santé des agriculteurs continue d’alimenter le débat.

Tandis que les syndicats agricoles comme la FNSEA défendent leur utilisation pour des raisons économiques et de rendement, certaines voix, comme celle de Ségolène Royal, alertent sur un taux de cancers plus élevé dans le monde agricole que dans la population générale.

Mais qu’en disent réellement les études scientifiques ?

Un risque globalement comparable à la population générale

De vastes enquêtes, notamment le programme Agrican (Agriculture et cancer), ont suivi près de 180 000 personnes affiliées à la MSA (Mutuelle Sociale Agricole) sur plus de 15 ans. Résultat : en moyenne, le risque global de cancer n’est pas plus élevé chez les agriculteurs que dans le reste de la population.

Entre 2005 et 2011, les chercheurs ont même constaté une diminution du risque de cancer chez les propriétaires exploitants, hommes comme femmes. Cette tendance s’expliquerait en partie par de meilleures habitudes de vie, notamment une moindre consommation de tabac, ce qui réduit les cancers du poumon et du larynx.

Des cancers plus spécifiques chez les agriculteurs

Si le taux global n’est pas supérieur, certains types de cancers se distinguent davantage dans la profession agricole :

  • Cancers de la peau : liés à une exposition prolongée au soleil.

  • Cancers de l’appareil génital (prostate notamment) : les chercheurs ont identifié une incidence plus élevée que dans la population générale.

Le professeur Pierre Lebailly, coordinateur du programme Agrican, a confirmé que ce sur-risque est observé particulièrement dans les élevages bovins, où l’usage d’insecticides et de pesticides est fréquent.

Pour les cancers des ovaires, quelques signaux ont également été relevés, mais les données sont encore insuffisantes pour établir un lien de causalité direct avec les produits phytosanitaires.

Une vigilance indispensable

Ces résultats montrent qu’il ne faut pas généraliser : les pesticides ne sont pas responsables de tous les cancers agricoles, mais certaines expositions spécifiques augmentent clairement les risques. La recherche continue afin de mieux cerner les molécules et les contextes les plus dangereux.

Pour les agriculteurs, la prévention passe par :

  • Le port d’équipements de protection adaptés (gants, masques, combinaisons).

  • Une surveillance médicale régulière, notamment pour dépister tôt les cancers cutanés et prostatiques.

  • Des pratiques agricoles alternatives limitant l’usage des produits phytosanitaires.

Le débat reste ouvert : réduire l’exposition aux pesticides est essentiel, non seulement pour protéger l’environnement, mais aussi pour préserver la santé des agriculteurs.

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